Mot de l’artiste

C’est en 1972 que j’ai commencé à faire de l’aquarelle. L’échelle de mes premières œuvres était intimiste et ce médium servait mon but. Je regardais les tableaux persans, les tanka tibétains, les icônes byzantines et les enluminures telles que la Aggada, le Livre de Kells et les Livres d’heures, pour voir comment y étaient illustrés les concepts du cosmos, la hiérarchie des êtres vivants, les mythes de l’ori­gine, la mention des saisons et les cycles de la vie. Je cherchais à comprendre mon cosmos personnel et la façon de le représenter. Au cours des dix années qui ont suivi, j’ai créé un système d’iconographie et de motifs visuels qui, tout en contenant des paradoxes, fonctionnait pour moi à des niveaux multiples ? : psychologique et personnel, social et culturel, philosophique et métaphysique. J’ai peint des images de verre intact et brisé ; de tissus torsadés et lâches ; d’espaces transparents et opaques ; de formes vivantes imaginaires et réelles à l’intérieur de définitions rigides et perméables.

En 1986, j’ai commencé la série des aquarelles grandeur nature que j’appelle les « figures enveloppées ». Dans ces tableaux, je me suis servie du concept du caché pour représenter le moi. La lumière y est tissu et j’ai travaillé avec le concept de dissimulation comme étant ce qui révèle la signification. Je pensais au camouflage et à la métamorphose dans la nature, ainsi qu’aux personnages au théâtre, en littérature, surtout à l’idée qu’au sein du caché se trouve une totalité, un mystère tangible et sensuel, que l’on peut approcher. J’ai intitulé une de mes figures La femme secrète. Plus tard, j’ai lu une nouvelle de Colette. Le personnage principal de cette histoire découvre sa complexité et la liberté de l’exprimer par le biais de costumes et de déguisements. J’ai découvert dernièrement que la Chekhina (Présence), la déesse féminine et la femme dissimulée de la Kabbale, représente à merveille l’essence de ces images.

En 1990, je suis revenue à la toile pour les grands tableaux et j’ai peint sur bois pour les plus petits. J’ai représenté des formes végétales pour décrire un monde intérieur plutôt que la nature extérieure. Ces jardins, dans leur description concrète et leur variété de formes, de textures et de motifs, sont des œuvres de fiction qui racontent des histoires sur des choses vivantes. Ils illustrent le principe qui veut que plus la forme est vraie, plus puissante est la vie de l’informe qui l’habite. Dans mes peintures végétales, les éléments de détail, qui encombrent le premier plan, sont une matérialisation de l’espace qui se trouve en arrière.

Ma méthode de travail est intimement liée au contenu de mes tableaux. Je peins sur une surface blanche, terminant chaque élément avant de passer au suivant. Il n’y a ni préparation, ni esquisse. Chaque œuvre prend forme par sa propre présence, un élément après l’autre, dans un plan indifférencié.

Judy Garfin